Genération Y et nous, les seniors

Une pièce de théâtre met en lumière les différences de comportement au travail : le vocabulaire, l’habillement, l’utilisation du casque, du téléphone. Les extraits et les commentaires des spectateurs illustrent ces nouveaux rapports en entreprise, que je complète avec ma propre expérience de formatrice et de manager. Mon témoignage est partielle et donc partiale. Si vous souhaitez proposer votre propre éclairage, laissez un commentaire

La vidéo


Est-ce si complexe de travailler ensemble ?

La génération Y est très différente : entre les Tanguy et les jeunes pères de famille, entre ceux qui travaillent dans les métiers internet et les autres, entre ceux qui vivent à Luçon et à Saint-Denis… elle est un ensemble de tribus, mais quelques traits la définit.
Je les connais relativement bien, une partie de mes activités me permet de manager et de former cette génération à la direction de projet internet. Mon objectif est alors de leur apprendre à concevoir une solution digitale (site internet, plateforme…), rédiger les spécifications, gérer les activités d’un groupe et à définir les règles de travail en commun… Bref, tout ce que logiquement la génération Y déteste : l’ordre et la méthode.

Les points d’achoppement
  • C’est complexe pour un senior, car il n’est plus l’unique qui transmet les connaissances. Les métiers évoluent vite, le Knowledge management va du salarié junior vers celui senior. Les nouveaux outils informatiques entrent dans chaque métier et la formation se fait sur le tas par leur biais. Même dans mon activité, chaque jour se lance de nouveaux outils et je ne peux pas avoir tout essayé :)
  • La génération Y arrive souvent avec un niveau de scolarité plus élevé dans les entreprises. Elle a le bac et plus. Elle a déjà fait des stages, elle peut être autoentrepreneur, elle peut avoir plusieurs activités comme travailler le soir comme barman …
  • La génération Y n’a pas une peur irraisonnée de perdre sa place. Le chômage, c’est un élément pris en compte depuis l’enfance. Faire carrière dans une entreprise est inconcevable pour elle, cela n’existe pas. La seule entreprise, c’est elle-même. On lui a répété à l’envie qu’elle devait se vendre, alors elle gère ses compétences comme des produits et les monnayent pour un temps plus ou moins long.
  • Suivre les règles de l’entreprise est une perte de temps. Ils ont vu leurs parents voire leurs grands-parents perdre leur emploi, alors qu’ils étaient « dociles ». Bref, rien ne sert de faire le jeu, les règles sont pipées. Soit elle apprécie son manager et se plie à son organisation (qu’elle comprend), soit elle met en place des systèmes d’évitement. Elle dit à 25 ans que son chat est malade, le RER en panne (alors que les autres l’utilisant sont là depuis une heure), voire qu’elle n’avait pas envie de venir.
  • La génération Y a du mal à se concentrer. Ils ont l’impression de tout pouvoir faire, regarder l’écran, téléphoner et twitter en même temps et font semblant de ne pas comprendre pourquoi cela n’est pas possible dans le milieu professionnel.
    Elle sait bien que cela ne l’est pas, lorsqu’une activité la passionne, bizarrement les portables et les réseaux sociaux sont oubliés et la concentration totale avec un fonds sonore plus ou moins bruyant.
    J’ai l’impression, mais n’ai pas la preuve, que le silence lui fait peur.
  • Habituée à voir les adultes céder, la génération Y insiste dans son mode de fonctionnement, jusqu’à ce qu’elle comprenne que le manager n’est pas un parent, et que ce dernier ne va pas céder à ses caprices, même s’il se moque de l’âge de ce dernier… Le manager doit rester souriant, amical, rien ne sert de s’énerver, si la limite est dépassée, le salarié de la génération Y doit être sanctionné : et là, il faut garder en tête que pour elle, le pire est d’être exclu du projet passionnant du moment (pas d’avoir un avertissement !).
  • Les médias renforcent l’idée que son mode de vie est le bon : être un vieux c…. c’est l’empêcher d’agir comme elle veut. Assez curieusement, les jeunes parents inculquent des règles strictes à leur enfant. En vérité, la plupart – pas tous – ont (eu) besoin de structures non pas psycho-rigides, mais sécurisantes où les règles sont claires. Il faut aussi garder en tête que face à un dilemme ou un manager rigoureux, la génération Y s’en va.
Les bonheurs
  • Elle veille sans cesse. Les nouveautés sont testées, analysées, pratiquées et partagées, permettant à tous d’améliorer sa condition de travail.
  • Elle est soucieuse du collectif.
  • Avare de compliments, chaque mot positif à leur collègue / boss est vrai sur le moment
  • Elle s’échange les bons plans et s’entraide. Avoir des soucis est normal, ce qui compte c’est de les résoudre. Notre génération avait tendance à les cacher, répondre le fameux « tout va bien » à toute question personnelle et garder ses bons trucs.
  • Elle est entreprenante. Elle veut faire, agir, aller de l’avant… même et surtout en dehors de l’entreprise. La génération Y a la possibilité, via la technologie, de créer, mettre en œuvre des tas de choses. Elle participe à des actions collectives : sauver un immeuble, lancer un blog de cuisine, participer à des concours photos de l’autre bout du monde. A notre époque, il fallait convaincre les jeunes de notre rue, voire de notre quartier pour faire un millième de ce qu’ils peuvent faire en quelques semaines.
Les inquiétudes
  • Elle est émotionnelle. Certaines sociétés des nouvelles technologies en jouent, elles font oublier le lien managérial pour le rendre amical et la faire travailler sans respect des règles du travail (heures tardives et week-end sans supplément). Certaines entreprises la font venir avec son ordinateur, comme l’artisan qui vient avec son marteau… Les locaux sont remplis de jeux, de bonbons voire une cuisine et un lieu de sommeil aménagés, pour qu’elle reste là. Entre la fin du XIXème siècle et 1945, les ouvriers ont combattu pour avoir leur espace privé hors de l’enceinte de l’entreprise et avoir du temps hors d’elle, également ils ont imposé que ce soit l’entreprise qui fournisse le matériel nécessaire à la tâche. La génération Y revient sous couvert de modernité à la présence constante dans l’entreprise « ludique » et à l’achat des outils de production nécessaires à son bon fonctionnement. L’exploitation de cette génération est mise en place avec le tutoiement et les horaires à la carte mais toujours supérieurs au cadre légal, lorsqu’elle se rendra compte de cette manipulation le risque est grand de la voir perdre le peu d’estime qu’elle conserve des entreprises.
Conclusion

Pour résumer, elle a les défauts de son âge. Avons-nous toujours été remarquables à leur âge ? Et le sommes-nous devenus ?
La génération Y est notre enfant voire notre petit-enfant. Elle a grandi dans un environnement pessimiste et pourtant elle a l’envie de faire. Il me suffit de voir leur investissement dans des structures « ludiques », qui se jouent de son désir de s’affranchir des codes.
Travailler ensemble est complexe, mais quand s’allient leur intelligence et la nôtre, tout est possible et surtout le meilleur :)

A propos de Véronique

Véronique da Costa / Senior editor de astucesenior.com et aquidonner.com. Directrice conseil de l'agence BeDigitalBusiness Plus de détails sur son parcours : veroniquedacosta.com
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